La Critique Selon Moi
17 octobre 2026

FONTAINES D.C. – Dopamine Chamber (2026)

 

Avec leur cinquième album, Dopamine Chamber, les Irlandais de Fontaines D.C. embrassent la pop à bras-le-corps et sont désormais prêts à conquérir le monde.

Le virage pop amorcé sur Romance se confirme ici avec une assurance presque déconcertante. Synthés enveloppants, mélodies lumineuses et tempos plus langoureux, la formation dublinoise poursuit sa mue et délaisse progressivement les guitares râpeuses qui ont fait sa réputation. Un choix artistique qui pose forcément question. Pour les fans de la première heure, la disparition quasi totale du rock abrasif risque de ressembler à une forme de renoncement. Pour les autres, séduits par cette pop aérienne et sophistiquée, ces nouvelles orientations ont tout du bonheur immédiat. Alors, évolution naturelle ou dilution de l’identité ? Tentons de départager les deux camps.

Le pour. D’abord, il y a toujours cette voix. Celle de Grian Chatten, grave, habitée, parfois menaçante, qui conserve son pouvoir de fascination dès les premières mesures du post-punk dystopique de Six Shot Morning ou sur le single Marianne. Ensuite, il y a le groove. Sur la pop synthétique de Mimesis comme sur les inflexions plus langoureuses de Tongue, le quintette démontre qu’il sait troquer la tension contre la sensualité sans perdre son magnétisme. Les mélodies s’installent, les arrangements gagnent en ampleur et l’on se surprend à se laisser porter. La fin de Happy For You, avec ses riffs brûlants, offre quant à elle un retour de flamme bienvenu. L’espace de quelques instants, les ombres de Dogrel et d’A Hero’s Death ressurgissent, ravivant la mémoire d’un groupe autrefois plus rugueux, plus imprévisible, plus dangereux.

Le contre. Difficile, justement, de ne pas regretter l’abandon presque complet de cette urgence rock, de cette friction permanente, de cette impression que tout pouvait déraper à chaque instant. La seconde partie de l’album, à partir de One Man, n’arrange pas vraiment les choses. Les ballades s’enchaînent, les tempos ralentissent et l’ensemble finit par manquer de relief. Il y a pourtant une exception de taille : Where Is Gone?, en collaboration avec la divine Rosalía, atteint des sommets. La rencontre des deux univers apporte une intensité et une étrangeté qui manquent parfois au reste du disque.

Mais le véritable contre est peut-être ailleurs. Dans cette peur, aussi irrationnelle que tenace, de voir un groupe qui semblait n’appartenir qu’à une poignée de fidèles du rock sans concession devenir la bande-son de dizaines de millions d’auditeurs. Comme si le succès de masse menaçait nécessairement la part de mystère et d’exclusivité qui nous avait fait tomber amoureux des Irlandais. Une inquiétude sans doute injuste, mais aussi difficile à chasser.

Dopamine Chamber confirme que les Fontaines D.C. n’ont aucune intention de se laisser enfermer dans leur passé. Reste à savoir si cette métamorphose assumée saura préserver ce qui faisait leur singularité. Car au fond, le paradoxe est là : on aimerait les voir conquérir le monde, sans qu'ils cessent pour autant d'être ce groupe que l'on avait le sentiment d'avoir découvert avant les autres.

(8)

 

 

De qui parle-t-on ? :

Groupe irlandais formé à Dublin en 2014, Fontaines D.C. réunit Grian Chatten, Conor Deegan III, Carlos O’Connell, Conor Curley et Tom Coll.

 

 

De quoi parle-t-on ? :

L’urgence post-punk des débuts s’efface désormais au profit d’une pop synthétique et sophistiquée.  

 

 

Rythme :

  • Je me suis endormi
  • Ne me perturbe pas quand je lis en même temps
  • Mes pieds se mettent à bouger
  • Je me lève et je danse

À un rythme rarement soutenu, l’album navigue entre atmosphères downtempo et douce langueur.

 

 

Accessibilité :

  • Plusieurs écoutes sont nécessaires avant d’apprécier la mélodie
  • Les refrains entrent directement dans ma tête
  • Que des hits taillés pour les stades

À mesure que le rock s’efface, les mélodies prennent le dessus.

 

 

Audience :

  • J’ai du succès avec mes goûts musicaux
  • Peut-être écouté sans déranger personne
  • Tout le monde s’enfuit lorsque je l’écoute
  • Tellement bizarre que je fais attention d’être seul pour l’écouter

Avec ce nouvel album, les Fontaines D.C. s'apprêtent à déferler sur le monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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